Samedi dernier, à 8h25, une folle furieuse a déboulé dans ma classe, hurlante, complètement hystérique.
Motifs: j'avais osé demander la raison de l'absence de son fils le jeudi, et c'était de ma faute, je n'avais pas fait grève.
J'avais osé réclamé l'euro qu'elle devait pour un spectacle depuis près de 2 mois, en disant que la maîtresse titulaire les attendait "toujours".
Fatale erreur, ce "toujours".
Ne jamais écrire "toujours".
Apparemment, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder son vase.
J'avais beau tenter de la calmer, argumenter, expliquer, rien à faire, elle continuait d'hurler, de me reprocher tout et n'importe quoi, totalement incohérente (et que son fils mente et vole, par contre....)
Elle m'a intimé l'ordre de la suivre chez la directrice, ce qui m'était totalement impossible, les élèves attendaient en rang devant la porte, mais ça lui était égal, elle n'avait pas de temps à perdre paraît-il. Elle est partie, furieuse, de plaindre à la directrice (de quoi exactement, je me le demande)
Jeudi matin, j'entends à la radio qu'un collègue a été placé 24h en garde à vue pour une gifle à un élève.
J'arrive à l'école. Un père vient se plaindre, j'aurais traité son fils de "pauvre garçon" (ou sale garçon, les versions diffèrent)
Imaginez ma surprise! Et ma défense, face à un tel mensonge auquel je ne m'attendais pas....
Monsieur travaille dans une prison et voit de tout, même des instituteurs, me dit-il... Intéressant... Il s'en va.... Et là, pour la première fois, j'ai su que je ne ferais pas ce métier toute ma vie.
Le gamin avoue avoir menti (je le confronte à l'élève présent lors de notre conversation au cours de laquelle cette insulte m'aurait échappé)
L'après-midi, il fait partie de la bande des 6 qui passe à tabac une fillette - je rappelle que j'ai des CE1, soit même pas 8 ans.
Je les punis... La directrice passe après la récrétion, je lui explique la situation, elle sermonne les gamins, et le petit menteur du matin se marre... Evidemment, les parents prenant fait et cause pour lui...
Je le reprends, il est déjà dans une mauvaise situation suite à son mensonge... Dans la foulée, la directrice (dépressive m'a-t-on dit, mais bon...) m'apprend que le père est venu se plaindre de moi ce matin.
Je l'ai pris de haut, lui a-t-il dit... mouarf, j'ai encore le courage de me marrer de l'expression avec mon mètre 53 et ses 2 mètres à lui....
"Ca fait déjà 2 parents, encore un et je suis obligée d'en référer à l'inspection"
Je suis sciée... Je ne suis coupable de rien, et elle ne me défend pas, pire, m'enfonce, me menace?
Quoi que je fasse, dans le genre de quartier où j'enseigne, on a tout à craindre, tout, (ma soeur en fait largement les frais, mais elle est épaulée par sa directrice, elle) et en particulier les mensonges des enfants, qui peuvent nous mener loin, trop loin.... je ne fais pas ce métier pour ça, me justifier, me défendre sans cesse... Et surtout, pas avec une épée de Damoclès sur la tête.
La journée s'achève... Coups de pieds, insultes... Punitions....Je suis épuisée.
Je rentre chez moi. Je retrouve mon délinquant maison, qui a déchiré le travail d'un élève en classe, "parce qu'il en avait envie". Je lui demande d'écrire un mot d'excuse, "pardon J."
Journée impeccable aujourd'hui pour lui à l'école (ça faisait longtemps)
Pas pour moi... Coups, insultes, mensonges, vol... Mot des parents d'hier dans le cahier de liaison (1 page le père, 1 page la mère) avec demande de rendez-vous parce que, paraît-il, je délaisse leur fils, pire, je le défie!
Au bord de jeter l'éponge, je file à l'inspection. Gentiment accueillie par l'inspectrice à qui je raconte tout, et surtout l'attitude de la directrice.
Elle me remonte, me rassure, m'apaise, me donne des conseils pour l'entrevue avec les parents... Me promet de téléphoner à la directrice (elle va m'avoir à la bonne après tiens... tant pis...)
Je retourne à l'école en trainant des pieds; le coeur au bord des lèvres.
Coupsinsultesmenacesmensonges.... Lot quotidien, trop quotidien.
Je suis consciente de ce que vivent ces enfants chez eux, consciente que leur vie n'est pas toujours rose, ni celle de leurs parents... Mais je ne suis ni psy, ni assistante sociale, juste une instit! Ni pire ni meilleure que les autres... J'aimerais juste pouvoir enseigner, parce que j'aime ça, malgré tout... mais ce malgré tout ne tiendra peut-être plus longtemps.