Friday, December 04, 2009

Notre nouvelle aventure: la vie sans couches

Il y a 11 ans, alors que je me préparais à donner naissance à Princesse, je n'ai pas une seule seconde songé à remettre en cause le fait qu'un enfant, ça porte des couches, jusqu'à minimum 2 ans.

C'est au moment de la naissance de Viking que j'ai entendu parler de la manière dont, dans bien des parties du monde, les mères repèrent le moment où leur enfant va se soulager et agissent en conséquences.
J'ai repéré des signes chez Viking, lorsqu'il était nu sur la planche à langer au moment du change, mais je ne savais pas quoi en faire.

Lorsque j'ai attendu Libellule, nous nous sommes davantage renseignés, Mister k et moi, surtout parce que des copines d'un forum pratiquaient ce qu'on appelle l'hygiène naturelle innée (HNI) et que ça nous intriguait. Vraiment, on peut élever un enfant sans couche? Le laisser les fesses à l'air? Même en milieu urbain?
Nous nous étions dit que nous tenterions l'expérience, pour ne pas regretter de ne pas l'avoir fait, mais pour ma part sans y croire, parce que mes deux grands ont toujours fonctionné en dehors des sentier battus et que tout ce qui marchait chez les autres déraillait chez eux!

Plus on s'est approchés sur jour de l'accouchement, plus je me suis renseignée. Dans les jours qui ont suivi aussi. J'ai lu des livres sur le sujet, j'ai lu des témoignages sur internet.

Le plus difficile, c'est de remettre en cause ce principe dont on nous rabat les oreilles: le bébé ne peut maîtriser ses sphincters avant minimum 18 mois et donc attendre de lui qu'il soit propre avant est une hérésie.

En réalité, ai-je découvert, les bébés naissent avec une certaine conscience de leurs "besoin d'élimination", et sont capables de se retenir - celui qui a prétendu le contraire il y a 45 ans l'a fait dans le cadre d'une étude financée par un géant de l'industrie des couches...
Et puis, il ne s'agit pas de rendre "propre" (continent serait plus juste) son enfant le plus tôt possible, mais de lui permettre de conserver la conscience qu'il a de ses fonctions vitales - au même titre qu'il sait qu'il a faim, il sait qu'il va faire- , la maîtrise de ses sphincters - capacité qu'il perd au bout de quelques mois de port de couches.

Je repoussais la mise en route de l'HNI parce que j'avais le sentiment de n'être pas encore assez au faîte de la chose, parce que je manquais de matériel, de vêtements pratiques pour Libellule...

Plus les jours passaient, plus je trouvais monstrueuses ces couches que j'infligeais à Libellule, qui entravaient sa liberté de mouvement. Et puis, se faire dessus, baigner dans son urine et dans ses selles, ça paraît si cruel soudain!

C'était devenu si insupportable que le jour de ses 4 semaines, j'ai osé.
Le matin, je ne lui ai pas remis de couches. J'ai commencé par la faire téter en mettant ses fesses au dessus d'une bassine. En dehors des tétées, Mister k et moi guettions les signes signalant que c'était imminent. Nous ne nous sommes pas trop mal débrouillés.
En début d'après-midi, Libellule était énervée, je lui ai remis une couche en pensant l'allaiter allongée pour qu'elle s'endorme, mais finalement, elle s'est endormie contre son père.
Et au réveil, sa couche était sèche!
Nous étions bluffés... C'est donc vrai ce que j'avais lu à plusieurs reprises, les bébés se retiennent lorsqu'ils dorment! Même mon bébé à moi!

Depuis 10 jours maintenant, nous pratiquons l'HNI dans la joie et la bonne humeur.
Oui, même lorsque je me retrouve inondée parce que je n'ai pas dégainé la bassine à temps :-D
C'est de moins en moins le cas d'ailleurs.

Concrètement, nous mettons un lange fin à Libellule. Lorsqu'elle se tortille, nous lui ôtons le lange et lui proposons la bassine, où elle fait la plupart du temps - preuve qu'on a vraiment repéré les signes - mais pas toujours - preuve qu'on n'est pas infaillibles et ce n'est pas grave!

Parfois, on a le sentiment qu'elle a besoin de faire sans qu'elle ne se manifeste, nous lui ôtons le lange et lui proposons la bassine, où elle fait la plupart du temps - preuve que notre intuition se développe - mais pas toujours - preuve qu'on n'est pas infaillibles et ce n'est pas grave!

On lui propose au réveil aussi, et en début de tétée, elle fait pipi à chaque fois - après elle tète tranquillement, contre moi (plus besoin de la bassine en continu).

Voilà. C'est facile! Je prends confiance: je l'emmène sur de courts trajets en simple lange, sans culotte de protection imperméable, à notre retour le lange est sec; je la laisse dormir sur moi, à son réveil, nous sommes sèches toutes les 2 :-D ...

La nuit, au début, j'ai tenté de lui proposer la bassine lorsqu'elle se réveillait pour téter mais ça ne lui plaisait pas, ça la réveillait trop, donc pour le moment j'ai changé de façon de faire: elle dort nue sur une serviette que je change lorsqu'elle est mouillée (elle dort dans notre lit, je peux donc réagir rapidement). Il paraît que les bébés, au bout de quelques semaines/mois, se réveillent pour uriner, et se retiennent assez longtemps pour que ça n'arrive plus qu'une ou deux fois par nuit puis plus du tout. Plus qu'à prendre notre mal en patience!

Contrairement à ce que nous craignions dans un premier temps, on ne passe pas notre temps le nez sur elle à guetter un signe. Les choses se font naturellement. Comme elle signale qu'elle a faim, elle signale qu'elle a envie de faire pipi... Il nous suffit d'être attentifs et disponibles, mais la vie ne tourne pas autour de ça.
Il y a réellement une communication qui s'est mise en place, difficile à décrire quand on ne pratique pas l'HNI, mais justement, je comprends mieux les témoignages que j'ai lus.
Nous cherchons à répondre au mieux à ses besoins - manger, dormir, éliminer - et elle sait que nous y répondons - même si pas toujours en temps et en heure, il y a des loupés!

D'ailleurs, je sais, pour l'avoir lu à plusieurs reprises, qu'il y aura des jours "sans" parce que nous sommes fatigués, qu'il y aura des périodes où elle sera occupée à autre chose (genre crapahuter partout à la découverte du monde) et qu'elle ne nous signalera donc pas son envie de faire pipi. Qu'il y aura donc des pipis à nettoyer par terre, mais on passe de toute façon par cette étape avec des bambins qui "apprennent" la "propreté"!

Bref, je suis ravie d'avoir découvert ça et de m'être lancée.
Ravie de voir ma puce remuer ses jambes en toute liberté.
Ravie de voir ses fesses comme au premier jour - elles avaient commencé à s'abîmer d'être en couche.
Ravie qu'elle ne se fasse pas dessus et qu'elle ne reste pas des heures dans le mouillé et les excréments (parce qu'on a beau changer souvent, ce n'est jamais après chaque urine ou selle).
Ravie pour elle qu'elle reste "branchée" sur son corps grâce à cette pratique.
Ravie pour elle que "l'apprentissage de la propreté" ne devienne pas un calvaire dans 2 ans et plus!
Ravie qu'elle sache que nous sommes là pour elle dans tous les domaines où elle est si dépendante de nous.

Oui, nous... J'ai beaucoup écrit à la première personne mais il s'agit bien d'une chose que nous découvrons ensemble Mister k et moi. Nous avançons ensemble avec notre puce, et pour ça aussi, je suis ravie!

11 comments:

Eddye said...

j'avais lu sur l'hni aussi, mais pas autant que toi, et je n'ai pas osé !
Contente que ça fonctionne bien :-))

petit bruit said...

C'est génial! je trouve ça fabuleux!

Je vais faire une comparaison qui va peut être choquer, mais sais-tu que les personnes âgées hospitalisées ou alitées deviennent incontinentes en 15jours? Tout simplement parce que le corps médical "n'a pas le temps/ la volonté" d'aider ces personnes à se lever pour aller aux wc lorsqu'elles en ont besoin...et leur "proposent" des couches. Lorsque j'avais appris ça, ça m'avait vraiment choqué!

Concernant les bébés, c'est vrai que l'utilisation des couches est tellement ancrée dans les moeurs qu'on n'ose remettre cette habitude en cause. Et pourtant...

Je trouve génial ce que vous faites, mais je me pose juste une question, comment faire pour que l'HNI soit respectée lorsque l'enfant est gardé (que ce soit par une assistante maternelle ou en crèche)?

sinon, je voulais te dire que je suis heureuse pour vous tous, heureuse pour toi qui semble avoir à tes côtés un homme qui te correspond, qui a l'air très à l'écoute, très intelligent (et de toutes formes d'intelligence que ce soit). Je suis heureuse pour vous!

FD said...

J'ai suivi tout ça de très près quand la grenouillette est née grace à une copinaute (qui a d'ailleurs écrit un bouquin sur le sujet) et que j'ai fini par rencontrer dans la vraie vie. ça me semblait effectivement très bien ,sauf que je ne me voyais pas imposer ça à la nounou à ma reprise du boulot 9 à 10h par jour. C'est vrai que j'ai trouvé impressionnant de voir nos 2 grenouillettes de 12 mois jouer au parc, l'une avec ses couches (lavables) qui faisaient un popotin de Teletubby et l'autre les jambes libres... Mais bon, je n'avais franchement pas le courage (à tord peut être...) de trouver une nounou qui accepte ça. Le quittage des couches (diurne) s'est fait sans douleur dès qu'elle a commencé à marcher. On a enlevé d'un coup d'un seul. Idem pour la nuit...
Bon, je suis un peu hors sujet, c'est ça ?!
Bisous à toute la troupe !

Bismarck said...

J'avais du mal à croire à cette technique...
Comme les autres, je m'interroge: que va-t-il se passer quand tu vas reprendre le travail et être obligée de faire garder ta fille? (Oui je sais, tu as encore au moins trois mois pour y penser...)

Luna Part said...

on a testé aussi avec notre petite dernière qui était née fin avril (j'avoue que la température clémente m'a aidée à sauter le pas, j'aurais eu beaucoup de mal à lui laisser le bas du corps nu en hiver...)
ce qui me plaisait énormément dans cette expérience c'était de lire de la joie ou de la reconnaissance dans les yeux de ma fille quand elle éliminait dans l'évier ou au dessus des toilettes après s'être retenue quelques secondes le temps d'enlever son petit lange...
oui vraiment un moment de complicité intense avec un si petit bébé :-)
mais je n'ai pas tenu sur la durée, ce n'était que certains jours (par contre je ne mettais quasiment jamais la surcouche sur la couche lavable pour la changer immédiatement dès que c'était humide)

dany said...

Je n'avais jamais entendu parler de cette technique, mais avais été très étonnée lors d'un voyage en Chine de voir les bébés sans couche, avec des babygros ou des pantalons fendus entre les cuisses. J'en ais rapportés pour ma petite fille, mais ne connaissant pas cette technique, l'essai n'avait pas été concluant...

LiliLajeunebergere said...

Eddye, Luna Part, plus qu'à faire un petit dernier pour tester alors :-D
Concernant les fesses à l'air, il y a finalement des systèmes pour l'éviter:-)

Petit Bruit, Bismarck, vous mettez le doigt sur une des limites de la pratique de l'HNI dans notre société, où l'enfant ne reste pas collé à sa mère la première année comme c'est le cas dans les pays où cette pratique est courante. J'ai cependant entendu parler de bébé qui s'adaptent, comprenant que "ce n'est pas pareil" chez papa-maman et chez la nourrice ou à la crèche. Donc apparemment on peut proposer l'HNI à temps partiel.

Ceci dit le problème ne se pose pas pour nous, Mister k et moi prenons le congé parental à tour de rôle, donc Libellule ne sera pas gardée à l'extérieur.

FD, tu parles de maman zèbre non? ;-) j'ai lu son expérience de l'HNI sur son blog, par contre je n'ai pas encore lu son livre (ça ne saurait tarder; je dois juste me le procurer!)
Non tu n'es pas hors sujet!
Pour mes 2 grands, l'apprentissage de la propreté a été une galère, ils ont tous les 2 souffert d'encoprésie (et pourtant je n'ai jamais fait de forcing, mais bon, y'avait un côté psychologique sur lequel je n'avais aucune prise :-( ) . Quant au fils de Mister k, à 12 ans il souffre d'énurésie nocturne.
Bref, sujet de préoccupation ici, on n'a pas pris la décision de se lancer dans l'HNI à la légère.

Dany, oui, pas évident de pratiquer sans en connaître un peu plus long techniquement...

liaht said...

J'ai lu ton post avec beaucoup d'intérêt....
Et c'est là que je réalise que je suis de la "vieille génération" (!!!) car je n'avais jamais entendu parler de cette approche.
Et à la réflexion, je me rends compte que mes ados(ultes) élevés aux Antilles quasiment nus dès lors qu'ils étaient à la maison n'ont effectivement jamais eu de problèmes de fesses irritées ou d'apprentissage de la propreté. Ils ont très peu porté de couches et un beau jour... plus du tout !
J'aime vraiment beaucoup la façon dont tu recherches en permanence le bien-être de ta libellule et non ton propre intérêt... A moins que les deux ne soient imbriqués... BIZ

LiliLajeunebergere said...

Liath, oui, apparemment c'est assez fréquent dans bien des endroits du globe:-)

annelise said...

bravo pour avoir osé!
et l'idée d'instaurer une communication adaptée est si belle...
Je suis allée en Chine, c'est une pratique courante là bas, comme d'autres choses liées à l'éveil et l'éducation.
Bonne continuation à vous!

cultive ton jardin said...

Je suis très admirative. Théoriquement, je connaissais, non pas la HNI mais la capacité des bébés à se contrôler, et celle des mères à repérer leurs besoins à temps (en particulier lors d'un DEA de psychologie transculturelle). Mais je ne me serais jamais risquée à mettre en pratique.

J'ai également observé, au Vietnam, qu'on n'utilise pas les couches de façon aussi systématique que chez nous, et que cela ne pose pas de problème.

En France, en tant que psychologue "Petite Enfance", j'avais plutôt tendance à colporter le "pas capable avant deux ans", pour protéger les enfants de méthodes de coercition souvent regrettables.

Le parallèle avec les personnes âgées qu'on installe dans l'incontinence en leur faisant mettre des couches "avant" est loin d'être abusif. Au fil des années, je voyais les enfants acquérir la "propreté" de plus en plus tard, accoutumés qu'ils étaient cette... prothèse.