Friday, February 01, 2008

Les risques du métier

Samedi dernier, à 8h25, une folle furieuse a déboulé dans ma classe, hurlante, complètement hystérique.
Motifs: j'avais osé demander la raison de l'absence de son fils le jeudi, et c'était de ma faute, je n'avais pas fait grève.
J'avais osé réclamé l'euro qu'elle devait pour un spectacle depuis près de 2 mois, en disant que la maîtresse titulaire les attendait "toujours".

Fatale erreur, ce "toujours".
Ne jamais écrire "toujours".
Apparemment, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder son vase.

J'avais beau tenter de la calmer, argumenter, expliquer, rien à faire, elle continuait d'hurler, de me reprocher tout et n'importe quoi, totalement incohérente (et que son fils mente et vole, par contre....)
Elle m'a intimé l'ordre de la suivre chez la directrice, ce qui m'était totalement impossible, les élèves attendaient en rang devant la porte, mais ça lui était égal, elle n'avait pas de temps à perdre paraît-il. Elle est partie, furieuse, de plaindre à la directrice (de quoi exactement, je me le demande)

Jeudi matin, j'entends à la radio qu'un collègue a été placé 24h en garde à vue pour une gifle à un élève.
J'arrive à l'école. Un père vient se plaindre, j'aurais traité son fils de "pauvre garçon" (ou sale garçon, les versions diffèrent)
Imaginez ma surprise! Et ma défense, face à un tel mensonge auquel je ne m'attendais pas....
Monsieur travaille dans une prison et voit de tout, même des instituteurs, me dit-il... Intéressant... Il s'en va.... Et là, pour la première fois, j'ai su que je ne ferais pas ce métier toute ma vie.

Le gamin avoue avoir menti (je le confronte à l'élève présent lors de notre conversation au cours de laquelle cette insulte m'aurait échappé)
L'après-midi, il fait partie de la bande des 6 qui passe à tabac une fillette - je rappelle que j'ai des CE1, soit même pas 8 ans.
Je les punis... La directrice passe après la récrétion, je lui explique la situation, elle sermonne les gamins, et le petit menteur du matin se marre... Evidemment, les parents prenant fait et cause pour lui...
Je le reprends, il est déjà dans une mauvaise situation suite à son mensonge... Dans la foulée, la directrice (dépressive m'a-t-on dit, mais bon...) m'apprend que le père est venu se plaindre de moi ce matin.

Je l'ai pris de haut, lui a-t-il dit... mouarf, j'ai encore le courage de me marrer de l'expression avec mon mètre 53 et ses 2 mètres à lui....

"Ca fait déjà 2 parents, encore un et je suis obligée d'en référer à l'inspection"
Je suis sciée... Je ne suis coupable de rien, et elle ne me défend pas, pire, m'enfonce, me menace?
Quoi que je fasse, dans le genre de quartier où j'enseigne, on a tout à craindre, tout, (ma soeur en fait largement les frais, mais elle est épaulée par sa directrice, elle) et en particulier les mensonges des enfants, qui peuvent nous mener loin, trop loin.... je ne fais pas ce métier pour ça, me justifier, me défendre sans cesse... Et surtout, pas avec une épée de Damoclès sur la tête.

La journée s'achève... Coups de pieds, insultes... Punitions....Je suis épuisée.
Je rentre chez moi. Je retrouve mon délinquant maison, qui a déchiré le travail d'un élève en classe, "parce qu'il en avait envie". Je lui demande d'écrire un mot d'excuse, "pardon J."
Journée impeccable aujourd'hui pour lui à l'école (ça faisait longtemps)

Pas pour moi... Coups, insultes, mensonges, vol... Mot des parents d'hier dans le cahier de liaison (1 page le père, 1 page la mère) avec demande de rendez-vous parce que, paraît-il, je délaisse leur fils, pire, je le défie!
Au bord de jeter l'éponge, je file à l'inspection. Gentiment accueillie par l'inspectrice à qui je raconte tout, et surtout l'attitude de la directrice.
Elle me remonte, me rassure, m'apaise, me donne des conseils pour l'entrevue avec les parents... Me promet de téléphoner à la directrice (elle va m'avoir à la bonne après tiens... tant pis...)

Je retourne à l'école en trainant des pieds; le coeur au bord des lèvres.
Coupsinsultesmenacesmensonges.... Lot quotidien, trop quotidien.

Je suis consciente de ce que vivent ces enfants chez eux, consciente que leur vie n'est pas toujours rose, ni celle de leurs parents... Mais je ne suis ni psy, ni assistante sociale, juste une instit! Ni pire ni meilleure que les autres... J'aimerais juste pouvoir enseigner, parce que j'aime ça, malgré tout... mais ce malgré tout ne tiendra peut-être plus longtemps.

21 comments:

art.truk said...

plus le temps passe, (et les événements..) plus j ai une admiration sans borne pour les enseignants qui poursuivent.. en étant mal payés, pas/peu reconnus, devant assumer diverses fonctions outre celle d enseignant, devant de plus en plus se justifier..

que c est dur.. courage..

Amandine said...

Quel quotidien difficile... J'avais presque oublié ce que signifiait parfois enseigner... Bon courage à toi et c'est chouette d'être soutenue par l'inspectrice.

Moukmouk said...

Dur, dur, courage... il faut bien gagner sa croute. Mais, je présume qu'il arrive parfois un enfant avec des mercis dans les yeux...

loreal said...

ça fait peur pour l'avenir, de voir une telle violence, qui plus est couverte par les parents...

Eddie said...

je suis sur le c*l d'entendre ça, en primaire... tu ne dois pas baisser les bras, courage !
Comme on dit souvent avec les collègues (moi je suis en lycée) : quel beau métier, mais ce serait tellement mieux sans parents d'élèves et sans élèves ;-ppp

co de contes said...

je suis dépitée..quelle est cette société...qui maltraite tant ses enseignants...???
je t'envoie plein de courage
profites du week-end!

tirui said...

Heureusement on a un super-président qui, parait-il, voulait rétablir le respect, l'autorité, etc
pfff
qu'est-ce que ce serait si ce n'était pas le cas ! :-D
courage à toi, et effectivement si un jour tu ne peux plus, change avant d'y laisser ta santé

Le Père Divorcé said...

Mon amie a laissé tomber l'enseignement pour ça. Les relations avec les parents, avec les autres enseignants (tu fais pas grève ??!!) et le côté pleutre et faux-cul de la "hiérarchie". Je râle beaucoup pendant les grèves mais c'est réellement un travail difficile. Ce qui manque c'est "l'éducation". Qui se charge de l'éducation des enfants (pour les adultes c'est trop tard) ? L'enseignement, c'est clair, mais l'éducation ?
Que te dire à part courage ?

dany said...

Et si on obligeait les parents des enfants menteurs, voleurs, brutaux à suivre des cours, eux aussi????
C'est vrai qu'instit n'est pas un métier de tout repos.... Mais j'ose espérer que tu as aussi des gamins sympas...

tanette said...

Et ces petits CE1 d'aujourd'hui seront les adultes de demain....! Vers quelle société allons-nous ? Bon courage à toi.

Caro said...

Quel bon réflexe de court-corcuiter la directrice en allant voir l'Inspectrice toute de suite! Bravo!
D'autant qu'il n'y a aucun nombre de "cas" à enregistrer avant de contacter l'IEN, c'est du grand n'importe quoi...

Ne te décourage pas, tu vas réussir à te concentrer sur ton travail et à oublier les "désagréments" annexes...

Et une dose d'optimisme pour toi, une!

Anonymous said...

C'est le dernier des métiers!

mab said...

Le dernier des métiers!

Isabelle said...

C'est clair que c'est flippant car ces enfants sont les adultes de demain...
Bon courage, tiens le coup, car si tous les instit flanchent... Qui instruira nos enfants ?

Cécile said...

J'ai moi aussi lu l'article sur le prof qui a giflé un élève et qui est en garde à vue avec une plainte sur le dos "violences aggravées sur mineur". C'est scandaleux !
Je suis prof aussi en lycée professionnel. Je suis dans le même cas que toi mais je n'ai pas les parents sur le dos, les parents sont plutot absents.. démunis..
Je me dit que finalement.. ce n'est pas plus mal ! quand j'entends la façon dont les parents soutiennent leurs enfants aujourd hui..
Il n y a plus de repères, plus de responsabilités, et plus de respect. J'en ai ras le bol de lire dans les journaux qu'il faut que les enseignants travaillent leur autorité.. quand est ce qu'on dénoncera enfin la responsabilité des parents dans tout ce bordel immonde..?

Wayne said...

c'est clair que si l'autorité de l'enseignant n'est même plus respectée par les parents ni soutenue par les hiérarchies, faut pas s'étonner que les élèves partent en roue libre. Je suis inquiet pour l'avenir du pays avec une Education dans un tel état...

Lili said...

art.truk, je me demande vraiment comment on tient toute une carrière dans l'Education Nationale!

Amandine, oui, l'inspectrice est assez proche, heureusement.

Moukmouk, heureusement! Mais il y a des jours où ça ne suffit même plus...

Loréal, je me demande surtout ce qui se passe chez eux

eddie, ouais, juste nous et la cafetière :-D

co de contes, une société qui ne fait pas son travail en amont...

tirui, t'as raison, sans lui ça serait sûrement pire :-D
il va peut-être envoyer Carla pacifier les écoles de banlieue?

le père divorcé, beau résumé de la situation.

dany, oui, heureusement :-)

tanette, ce ne seront pas n'importe quels adultes... J'ai sous les yeux les futurs exclus de demain :-(

Caro, on te sent débordante d'énergie, c'est chouette!

mab, ça ne devrait pas pourtant...

isabelle, bonne question... j'éviterai quand même de culpabliser quand je claquerai la porte...

cécile, responsabilité des parents et des acteurs sociaux qui ferment trop les yeux.

wayne, y'a vraiment de quoi être inquiet effectivement.

Et à tous, merci pour votre soutien et vos encouragements.

griffoninne_la_couche_tard said...

Je suis soulagée de savoir que tu ne feras pas ça toute ta vie...! Ce n'est pas un métier à exercer trop longtemps...Bisous !

Bismarck said...

Un peu en retard...
Je t'admire, d'avoir encore le courage d'aller de toi-même voir l'inspectrice, au lieu de te renfermer dans ta coquille.
Tu as tant de combats à mener en même temps!

a n g e l said...

oh ma lili :'(

je suis sans voix

qu'ils sont cons mais qu'ils sont cons de ne pas voir le trésor qu'ils ont la chance d'avoir pour instit....


des bisous doux, tu les mérites bien :)

LiliLajeunebergere said...

griffonnine, je suis sûre que certains personnes peuvent faire ça toute leur carrière, avec la même foi... mais moi, je ne crois pas.

Bismarck, il n'est jamais trop tard ;-)
et faut reconnaître que je ne m'ennuie pas...

Angel, je fais ce que je peux en tout cas... merci pour les bises!