Friday, November 07, 2008

Dénonciation

Cet après-midi, une prof itinérante est venue dans ma classe pour des ateliers mathématiques.

Elle puait tellement l'alcool que j'avais du mal à rester à côté d'elle. Je m'éloignais de quelques pas chaque fois qu'elle était proche de moi.
Quand je songe que les élèves ont tous été à côté d'elle à tour de rôle....
Qu'aurais-je pu faire? Elle n'a posé aucun problème, est même très chouette et appréciée des élèves.

L'instit remplaçant attaché à mon école a aussi des "problèmes avec l'alcool" comme on dit pudiquement.
Un jour, à 13h30, juste avant de retourner en classe (il remplaçait une collègue absente ce jour-là), il se tenait à la table de la salle des maîtres et empestait l'alcool comme jamais. J'ai prévenu la directrice, qui a tenté de joindre l'inspection, sans succès...

J'avais honte de faire dans la dénonciation (même si ça n'a rien donné et que le prof n'en a rien su).... D'autant plus qu'il est vraiment adorable, et compétent.

Je sais ce que vous allez (peut-être) me dire... Que j'aurais dû insister dans un cas, refuser la présence de la prof dans l'autre. Il y a des enfants en jeu.
C'est vrai.... Mais c'est tellement délicat. Je me vois mal leur dire: merci de ne pas te mettre face à des élèves dans cet état. Je n'ai rien à dire à ces profs, nous sommes sur un pied d'égalité. Et puis, ce sont des personnes vraiment gentilles, d'une part, et d'autre part déjà si fragiles psychologiquement... Est-il utile d'en rajouter une louche?

Le recours à notre hiérarchie?

Les réactions, remarques, plaintes des collègues ne servent à rien (J'ai plusieurs exemples... ). Tout est étouffé, sans cesse. Pas de vague, surtout... Peut-être pour les raisons évoquées ci-dessus (des personnes déjà fragiles...), sans doute parce qu'on ne sait pas quoi faire d'elles... Je suppose que la marge de manœuvre est étroite - on ne peut obliger quiconque à se faire soigner, on ne peut licencier un fonctionnaire sauf pour faute grave, il y a bien quelques emplois "réservés" dans d'autres secteurs de l'éducation nationale, mais on ne peut obliger personne à les accepter... d'ailleurs leur propose-t-on seulement? Il y a certainement d'autres aspects qui m'échappent...Mais on en revient à ça: on laisse couler...

Et on accepte ça, par la force des choses: le spectacle pathétique de ces profs qui sombrent tout en tentant de se maintenir hors de l'eau... Et en face, des enfants.

On ne dit rien, on ferme les yeux, par impuissance pour certains, par hypocrisie pour d'autres... Refuser? Dénoncer? Peine perdue comme je l'ai dit...

Croiser les doigts pour que rien de grave ne se produise...Parce que ça serait simplement épouvantable bien sûr. Et parce qu'alors, on pourra dire qu'on n'a rien fait pour empêcher ça.

11 comments:

sosso said...

Je me faisais à peu près la même réflexion ce soir devant une mère d'élève de l'école, qui a un "problème" avec l'alcool elel aussi.

Presque chaque soir l'instit se demande si elle doit ou non lui confier son enfant mais elle a déjà fait des signalements, et ne veut pas en rajouter, surtout devant les autres enfnats. nous la laissons donc partir. En espérant aussi pour que rien n'arrive :-(

dany said...

J'ai rencontré ce problème avec une collègue. J'ai abordé son alcoolisme avec elle, elle a nié, j'ai insisté en lui disant que je n'étais pas dans le jugement, mais dans l'écoute, et elle a craqué. J'étais la première à lui en parler franchement. Je l'ai accompagnée dans ses démarches pour faire une cure, et j'ai assurée le suivi après. Il y a eu 2 rechutes et une dépression, mais maintenant tout va bien. J'ai attendu 6 mois avant d'oser aborder le sujet avec elle, et je crois qu'elle attendait cela... mais ce n'est pas facile et il est vrai que l'on risque une sévère rebuffade!

FD said...

ça n'est pas facile mais tellement fréquent que ça fait peur...à circuler de remplacement en remplacement, j'en trouve partout, de tous âges,de toute ancienneté... en parler en direct est délicat... peut être trouver un moyen de l'éloigner des élèves à ce moment-là mais ça n'est pas toujours possible.Je ne sais pas quoi te dire... je ne sais pas du tout ce que je ferais si je rencontrais le pb dans un poste à peu près fixe.

Bismarck said...

L'alcool est une drogue, qui crée une dépendance et des états de manque. Mais le "malade" est souvent honteux, il n'ose pas en parler, pense pouvoir s'en sortir seul. Le problème, c'est que la démarche pour s'en sortir doit être volontaire, sinon, il y aura des rechutes (d'autant que, dans notre société, quelqu'un qui refuse de boire est considéré comme plus bizarre que quelqu'un qui se laisse parfois aller à l'ivresse).
Problème grave, difficile, et devant lequel trop de gens ferment les yeux.

nelle said...

Tout sauf la dénonciation!!!!!!!!!!
On peut s'indigner, en être choqué, et comment!!!! Car la sécurité des enfants est concernée.
Mais de là à aller courir après la directrice pour cafter,non!
Il s'agit d'une urgence?
Je ne condamne pas, je ne suis pas d'accord.
Il faudrait , idéalement, faire comme Dany. Aborder la personne concernée. Etre dans l'écoute.
Tant pis pour les rebuffades.
S'il y des résultats!!!!
Celà mérite bien que nous fassions des efforts!
N'est_ce point ce que nous_mêmes souhaiterions de notre collègue, voisin, camarade? Une main tendue plutôt qu'une grimace derrière la main!!!!!!!!!
Bon courage, jeune bergère

co de contes said...

position difficile..
en parler directement..pas faciel non plus..
je ne sais pas comment je réagirai..dans mon métier c'est "licenciement pour faute grave"...mais..
je te souhaite ..de ne plus être confronté à ce soucis..politique de l'autruche.peut être..mais c'est tellement dur...

paulinette said...

questions naives:
tu as l'air de dire de ces deux professionnels qu'ils assurent, que redoutes tu qu'il arrive avec les enfants?
a part leur odeur, y a t il eu quelque chose de reprehensible dans leur attitude?

et sinon, je dois dire que j'apprecie beaucoup ta prose, chere bergere!

LiliLajeunebergere said...

Je fais une réponse globale par manque de temps:

Je ne cherche pas à dénoncer pour dénoncer.
Mais un jour, le prof tenait à peine sur ces jambes... Qui accepterait de laisser son enfant entre les mains d'un alcoolique, d'autant plus le jour où il a forcé sur la bouteille?

Aucun débordement à déplorer de la part des deux profs dont je parle... pour le moment. Mais j'ai entendu des choses graves sur un autre, l'année dernière.

Alors, quelle est la limite? jusqu'où accepter?

D'un autre côté, il y a ces 2 personnes, fragiles, honteuses sans doute. Donc leur parler, les aider bien sûr, mais qui suis-je pour le faire? une prof de 20 ans de moins qu'eux, qui ne fait que les croiser... Une prof aussi qui a assez à faire avec ses propres enfants à soutenir. Pour le moment, je ne peux faire plus.

Etre vigilante, garder les yeux ouverts. Et continuer de parler avec eux, de tout et de rien, comme avec les autres.

Amandine said...

Problème extrêmement délicat, et malheureusement si fréquent... Dans ma courte carrière, j'ai déjà croisé quelques enseignants dans cet état. Mais je ne faisais que passer, en tant qu remplaçante, et je me suis cachée derrière ce paravent, songeant que si toutefois il s'zagissait de mes propres enfants, devant cet enseignant, je serai encore plus désemparée...
Je reste également perplexe devant l'inertie de la hiérarchie...

Anonymous said...

En tant que représentante de parents d'élèves je n'ai eu qu'une seule mauvaise expérience en la matière. Un remplaçant (le même?) au teint marqué, qui ne buvait pas pendant les heures de classe, mais qui revenait l'après-midi en puant tellement l'alcool que les enfants de CE1 dont il avait la charge en ont parlé à leurs parents, qui ont demandé à la directrice qu'il ne revienne plus sur l'établissement tant qu'il ne se sera pas fait soigner. Il est vrai que chez les jeunes enfants, moins attentifs aux dérives des adultes, sont moins choqués, mais en tant que mère d'élève,il est évident que je ne serais pas tranquille de savoir mes enfants sous la responsabilité de personnes qui peinent à tenir debout.
Par ailleurs, j'avais été également extrêmement choquée par ce médecin scolaire, qui déplorait (comme une fatalité) devant moi du grand nombre de professeur des écoles dépressifs, après que je lui aie raconté qu'une remplaçante dépressive s'était montrée violente avec mon fils.

Je ne travaille pas pour l'Educ Nat, mais je vois chaque jour deux femmes alcooliques,dont tout le monde sait qu'elles le sont, mais au sujet desquelles la responsable de service n'a jamais cru nécessaire de parler au médecin du travail. Il est vrai qu'elles ne sont dangereuses que pour elles-mêmes, contrairement aux enseigants, mais si elles attendent comme la collègue de Dany qu'on leur parle franchement pour les aider, qui a légitimité à le faire ?
Névrosia

LiliLajeunebergere said...

Amandine, tout pareil

Névrosia, ce n'était pas le même (nous ne sommes pas dans le secteur de tes enfants)
Comme le disait Bismarck, c'est une "maladie honteuse", un tabou, on n'en parle pas...