Monday, November 07, 2005

Une première nuit de violence......

Je suis arrivée ici il y aura 25 ans dans un mois.
Ici, c'est-à-dire dans ce coin. Dans ce petit bout de banlieue du sud-est parisien.

Une banlieue dont on ne parle jamais, parce qu'il ne s'y passe rien d'extraordinaire. Où il y a déjà eu de la casse, parfois, dans un quartier ou un autre. Rien de bien grave jusque là. Mais trop, déjà.

Et puis........Où sont les personnes qui sont allées au collège et au lycée avec moi? Dans quel centre ANPE pointent-ils? Pas étonnants que leurs jeune frères et soeurs n'y croient plus.... Pas étonnant qu'en 12 ans, la situation ait dégénérée. 12 ans, le fossé qui me sépare de mon jeune frère, qui a effectué sa scolarité dans les mêmes établissements que moi, mais dans une atmosphère bien plus explosive.


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Je ne sais ce qui m'a réveillée cette nuit. Je crois que je me suis endormie un peu puis j'étais mal à l'aise, j'entendais des bruits, lointains, inconnus, des vibrations dans les murs; mauvais sommeil, agité, déplaisant..... je me suis levée, je suis sortie de ma chambre, et c'est là que l'odeur m'a surprise, une odeur que je connaissais, parce qu'elle nous a sauté au visage, par deux fois en quelques mois, lorsque nous sommes sommes descendus par les escaliers en bas desquels des poubelles avaient été brûlées dans la nuit-et la dernière fois, c'était il y a une semaine.

L'odeur, donc, dans mon appart cette fois, et j'ai songé "cette fois, l'immeuble brûle!!!!!". Le coeur qui explose dans la poitrine, la tête qui refuse "non, non, pas possible, pas possible, PAS POSSIBLE!!!!!!!"
Et puis toujours ce bruit diffus .... J'ai regardé par une fenêtre dont les volets ne sont jamais fermés: rien. L'odeur et le bruit si bizarre m'ont guidée vers l'autre pièce, et j'ai su, avant même d'ouvrir les volets, j'ai su, et j'ai vu, l'épaisse fumée, si effrayante, parce que si proche, et si irrationnelle aussi.....

C'est ça le pire, se sentir à la merci de petits voyous, dont l'un au moins est devenu un assassin ce soir..... Et demain?

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J'ai tremblé, de sentir un danger insaisissable si proche...... J'ai guetté les bruits, apeurée, prête à prendre mes enfants sous les bras"au cas où"..... J'ai attendu longtemps, tentant de me raisonner, et me rendant à mon argument final: si ça brûle dans l'immeuble, ça me réveillera à nouveau.....

.........

J'ai passée une journée dans le coton, épuisée nerveusement. J'ai pu me concentrer jusqu'au milieu de la matinée, intéressée par la formation que je suis, et soudain, l'image a explosé dans ma tête, toute cette fumée si noire et si effrayante et l'odeur et mon impuissance. J'ai cru que j'allais m'effondrer en larmes.

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J'ai peur de dormir..........

6 comments:

Cédric said...

Mais que fait la police ?
Et eux, quitte à bruler des trucs autant allez dans le XVI ou sur les champs...

jid said...

pas mieux que Cédric!!

a l'ouest said...

:( Zut alors, c'est terrible... Vivement que ça cesse tout ça.

annemaya said...

t'as pas envie de prendre 2-3 jours loin de tout ça?
la maison t'es grande ouverte

a n g e l said...

un calin
(pour tous les trois, j'ai des grands bras)

LiliLaJeuneBergere said...

cédric: oui je me suis dis ça aussi... en même temps c'est idiot, on devrait juste souhaiter qu'ils ne brûlent rien du tout!

Jid: même réponse alors

A l'ouest: ça se calme il paraît, mais pour combien de temps?

annemaya, si j'ai l'envie, mais pas les moyens :-(

Angel, c'est gentil (mais tu as oublié les chats)

bilan très personnel: je crois que j'aurais eu moins peur si je n'avais pas été seule.....je ne suis qu'une faible femme, après tout, hein ;-)

et une conclusion: lorsque je constate comme j'ai été marquée par ce "simple" incendie en bas de chez moi, j'imagine le moral des personnes qui ont subi encore pire chaque nuit de ces deux dernières semaines :-( on doit mettre bien du temps pour s'en remettre....