Sunday, June 18, 2006

Drôle d'endroit pour une rencontre

Il arrive que de parfaits inconnus se mettent à nous parler, dans une file d’attente, sur le quai d’une gare.
Parfois, ils parlent, parlent, parlent, peu importe ce que vous répondez, ils ne cherchent pas le dialogue en réalité. Dans ces cas-là, je me contente de « ah » « ah » « ah », amplement suffisants. Je dis au revoir quand même à la fin, mais à la limite, je pourrais m’en passer: l’autre a à peine réalisé mon départ.

D’autres fois, c’est plus sympa. Lorsqu’il s’agit d’une personne qui a réellement envie de discuter, de passer 5 minutes avec quelqu’un.

Hier, carnaval de Melun - après tout, on peut faire la fête quand on veut!
Princesse y participe, elle va défiler en tenue de judoka. Je la lâche en haut de la ville, puis viking et moi descendons tranquillement jusqu’au centre ville, au milieu des badauds qui attendent les chars, les enfants déguisés et dégainant déjà les confettis.

Nous choisissons intelligemment notre emplacement: à côté d’un marchand de glace. Citron-vanille pour Viking, banane-caramel pour moi. Le défilé commence.

Une dame relativement âgée se penche vers Viking: « c’est bon, hein?
-oui
-et qui te l’a donnée? Maman?
-non, la dame là. »

On note au passage que Viking n’est pas du genre farouche. Plutôt l’opposé: tendant de lui même la joue pour recevoir les bisous de parfaits inconnus, par exemple.

Ceci dit, là, il a une glace à manger, quand même. La discussion s’engage donc entre la dame et moi. Parce que moi, je peux discuter en finissant une glace, je suis multitâche. En quelques minutes, je connais presque tout de sa vie. Elle s’intéresse à la mienne, puisque j’exerce aujourd’hui le métier qui fut le sien autrefois. Elle fut hôtelière aussi, et a fait débuter le serveur-gérant dont je vous parlais dans mon billet précédent! Elle a vécu 32 ans à Nice et est revenue ici pour ses enfants, ses petits-enfants et arrières-petits-enfants. Elle habite à côté de l’école de musique, et m’y attend pour me montrer son piano.

Le défilé s’achève dans ce coin-ci. La vieille dame préfère rentrer chez elle et s’éloigne en renouvelant son invitation. Viking et moi marchons vers l’endroit où le défilé aboutit. J’aime cette ambiance un peu folle, où toutes les frontières sont abolies, où on a le droit de se bombarder de confettis qu’on ait 2 ou 90 ans. Où exceptionnellement, on a le droit de couvrir la ville de papier, dans un plaisir enfantin habituellement réfréné. Le jour baisse, il fait bon, nous dansons au rythme des différents groupes qui passent. Viking ramasse des confettis par terre pour les lancer sur les participants. Je finis par avoir pitié et lui en achète un paquet qu’il finit en 30 secondes….. Par grave, il le remplit aussitôt pour se faire des munitions!

J’attrape ma grande, les derniers chars passent, le défilé est terminé….. Nous aimerions rester mais nous avons une longue marche à faire. Je jette un dernier coup d’œil sur l’avenue jonchée de confettis. Ce n’est pas une ville si monstrueuse, en fin de compte. C’est la ville de mon enfance, de mon adolescence, que j’ai toujours cherchée à fuir mais que j’hésite à quitter depuis près d’un an. L’endroit où l’on vit n’est vivant que si on décide de l’habiter vraiment…… Leçon d’une vieille dame de 82 ans à une jeunette de presque 30 ans.

5 comments:

FD said...

Joli texte, ça rend la vie belle des instants comme ça...Merci.
FD,abattue,ka-U-samutméa120kmdeché-L.

jemetone2tou.com said...

j'adore!!!!! ce genre de rencontre que l'on concretise de facon positive

Sarah said...

Très belle philosophie de vie. tout n'est qu'une question de regard.

a l'ouest said...

"L'endroit ou l'on vit n'est vivant que si on l'habite vraiment"

Voila une pensee qui va ensoleiller ma journee!! Merci pour ça...

LiliLaJeuneBergere said...

fd, vraiment désolée :-( ça n'est vraiment pas très motivant....

jemetone, merci ;-)

sarah, oui, et le regard est souvent déformé par les mille petits tracas quotidiens...

A l'ouest, merci à toi pour ton petit mot, j'espère que tes vacances se passent bien ;-)