Tuesday, May 05, 2009

Les enfants de demain (1)

Ce matin, j'ai été appelée à 10h30 pour un remplacement à partir de 10h30 (l'enseignante avait une réunion)(oui l'inspection aurait pu/dû m'avertir plus tôt dans la matinée... bref)

Une école à la très mauvaise réputation, une des pires du coin. Même pas peur, j'y suis déjà passée et j'ai survécu.
Une classe de CE2, des 8 ans.
Quelqu'un est en train de surveiller les élèves lorsque j'arrive, ils sont au travail... mais ce n'est pas très calme. En me passant la main, la personne me dit qu'ils ne sont pas faciles (mais ils ne l'entendent pas)

Le chahut commence immédiatement, les élèves parlent dans tous les sens... J'essaie d'obtenir le calme, mais rien à faire. Toujours 3 ou 4 qui disent une connerie et le chahut repart de plus belle. Non-stop pendant 3 minutes.

Alors je laisse tomber, pour la première fois de ma carrière. Que puis-je espérer obtenir de ces gamins en 45 minutes? Ils ont décidé de montrer à l'adulte de quoi ils étaient capables. De lui montrer qu'ils sont les plus forts, qu'ils ne respectent rien ni personne et surtout pas une petite remplaçante d'1m53.

Alors je les préviens: tant pis, je les laisse. Et je préviendrai leur maîtresse, qui les punira l'après-midi. Quant à moi, je serai payée de toute façon (oui, je le leur dis). Donc, ce sont eux et eux seuls qui seront punis.

Ils essaient de tout faire pour me faire craquer: "maîtresse t'es méchante", "j'ai envie de chier/de vomir", "prout/sexe/bite", chansons, cris, répétition de la comptine numérique (ouf, nous sommes sauvés, ils savent compter jusqu'à 14), papiers qui volent, stylos, et puis finalement, je ne suis pas drôle à ne pas réagir, alors ils s'occupent d'eux-mêmes et surtout les un des autres, insultes, doigts d'honneur, et pour finir bagarre dans la classe au moment de la sortie. Je n'ai pas séparé les belligérants, ils ne faisaient ça que pour la frime, je n'allais pas risquer de prendre un coup.

Tout ce temps, je suis restée calme, étonnamment calme.
Ce n'était pas dirigé contre moi, mais contre ce que je représente.
Et puis surtout... Ils se flinguent tous seuls. Ils refusent de travailler, viennent de milieux où le travail n'est pas mis en valeur... Certains sont déjà franchement stupides et fiers de l'être (ils pourraient encore être sauvés mais pas dans les conditions actuelles). A quelques exceptions près (une petite partie des élèves tentaient vainement de travailler et semblaient relativement équilibrés, même si certains ont fini par être entraînés dans l'ambiance), ils vont rester sur la touche, pendant que les enfants issus de classes sociales plus favorisées vont progresser. Ils se sentent forts mais ce seront les faibles de demain.

10 comments:

Valérie de Haute Savoie said...

Ta dernière phrase est si juste hélas !

Ppn said...

C'est effrayant. Tous ces gamins sacrifiés et ces enseignants de plus en plus désabusés, vraiment ça me navre. Comment a-t-on pu en arriver là ?

FD said...

Et nous les récupérons ensuite au collège... guère plus matures, justes plus aguerris et en possession de mots nouveaux ou d'une violence supplémentaire...

Bismarck said...

Un collègue m'avait dit que, plus grands, quand on les laisse à eux-mêmes, ils finissent par se calmer...
Ceux-là sont en difficulté et ont déjà abandonné. Quel gâchis!
(Et sinon, j'ai lu tes dernières notes avec un peu de retard, et je pense bien à toi. Pour un garçon, j'aurais pu te proposer des vêtements, mais les filles, je ne sais pas faire.)
Courage!

heure-bleue said...

C'est effrayant mais comme je suis grand mère je peux écrire qu'à mon époque seule une minorité pouvait prétendre au lycée, les autres finissaient en apprentissage...

sosso said...

Et peut-être que pour une "meilleure" école, avec des parents plus impliqués et qui risquent de râler l'inspection s'y serait pris davantage à l'avance, non?

En tout cas, je suis triste pour ces enfants :-(

kousinn said...

une professeur de mon lycée qui avait été placé dans une banlieue difficile nous avait raconté que pour obtenir le silence elle parlait tout doucement.. déjà ca calmait les élèves ensuite ceux qui voulaient écouter faisait taire les autres.. je ne sais pas si ca marche avec les petits..

Ppn, peut etre que leur instit de tous les jours n'est pas désabusée.. mais pour les remplacants c'est pas facile de se faire connaitre et respecter en 2h
les enfants en profitent

LiliLajeunebergere said...

Valérie, malheureusement oui :-(

PPN, je pense qu'on est désabusés à cause de nos ministres et des parents d'élèves, mais pas vraiment par les élèves...
j'ai déjà eu des classes difficiles (pas autant quand même) et je me suis acharnée mais cette fois, en 3/4h je ne pouvais pas faire de miracle.

FD, super :-S

Bismarck, c'est gentil d'y avoir pensé :-)

Heure-bleue, pour beaucoup, l'apprentissage c'est "la honte"

Sosso, ça va sans dire...

Kousinn, c'est quelque chose qui fonctionne en effet, j'avais déjà expérimenté

Mandrillus Sphinkx said...

"(..)ls refusent de travailler, viennent de milieux où le travail n'est pas mis en valeur(..)"
Un petit sondage révèleraient sans doute qu'ils viennent de famille où le travail est dégradant, épuisant et/ou ininteressant, ou carrément inexistant.
Dans mon quartier le taux de chômage officiel (donc hors rmi, emplois aidés etc etc) étant de 18%, le réel devant tourner autour des 30%, ça doit s'approcher de ton quota d'enfants déjà désociabilisés, non ?

mummy active said...

8 ans?
Franchement cela fait peur....