Saturday, December 16, 2006

Sans titre

Sans titre, parce qu'il y a tellement de mots qu'il n'y en a plus. Qu'il n'y a plus rien, en fait, que l'immense solitude.

Des mots, pourtant, qui se cognent dans ma tête depuis hier soir, qui tordent mon ventre, qui m'empêchent de respirer.

Tristesse, colère, haine, rage, désespoir.
L'envie d'hurler, de pleurer jusqu'à ne plus rien sentir.
De prendre mes enfants sous les bras et de fuir, loin, ne plus jamais revenir...

Elle avait le même prénom que moi. Et le hasard de la vie et des rencontres nous a fait partager le même patronyme pendant quelques années, parce que nous avions épousé deux frères.
Je me souviens d'une aventure il y a 2 ans. A cette époque, j'avais repris mon nom de jeune fille, mais je me trompais encore avec celui d'épouse parfois; je n'avais plus de nouvelle de la famille de mon ex depuis la naissance de Tom-Tom. Un dimanche matin, le téléphone a sonné, et au bout du fil, une jeune femme a dit qu'elle était moi. J'ai mis quelques secondes à comprendre.

Elle, c'était moi. Moi, j'étais elle. Mon double. Positif, négatif.
Bien sûr, il y a eu les disputes de nos 20 ans, parce que nous ne nous comprenions pas. Mais vu les types que nous avions épousé, il fallait mieux qu'on se serre les coudes. Oh bien sûr, ma séparation d'avec mon ex mari a mis un temps la distance, mais ensuite, nous appréciions toujours de nous retrouver, de nous parler, même si c'était rare.

Je l'aimais, ma petite soeur de peine.

Elle voulait fuir elle aussi, fuir une vie pas possible avec un mec qui flanchait. J'aurais dû lui tendre davantage la main.

J'ai appris hier qu'elle était morte dans son sommeil.
J'ai appris aujourd'hui que c'est son mari, le frère de mon ex mari, qui l'a étranglée.

Pardon, mon autre moi, de m'être enfuie sans toi, et d'être vivante sans toi. Je vivrai pour toi, la vie que tu n'as pas vécue, cette vie que l'homme que tu as aimé a foutu en l'air durant 15 ans jusqu'au geste final.

Quand j'aurai retrouvé les mots.

16 comments:

a n g e l said...

...

mille bises sur ton chagrin

Sarah said...

Je ne trouve pas les mots non plus... violence ordinaire.

Tippie said...

...
Moi non plus...

J'en frissonne de te lire.
Je pense fort à toi.
Courage.

Bises.

myriam said...

Ne culpabilise pas, surtout pas, même si je comprends ta révolte et ton chagrin. Elle n'est pas partie. C'est terrible qu'elles ne trouvent pas l'ultime force de fuir avant qu'il ne soit trop tard, ces femmes anihilées, surtout dans nos sociétés qui se veulent égalitaires...

la JD said...

je pense trés fort à toi

Tanette said...

Sincèrement peinée. Très fort avec toi. Bises.

bricol-girl said...

Surtout ne pas banaliser la violence. Courage.

FD said...

Glups. Mais tu n'as rien à te reprocher, peut être que tu n'aurais pas faire plus, ni mieux, ni rien empêcher. Tu ne pouvais pas la forcer à faire ce pour quoi elle n'était pas prête. Toi tu as sauvé ta peau mais tu ne peux pas/pouvais pas sauver la terre entière. C'est terrible, inconsolable mais c'est la vie, hélas. accroche-toi à ton courage, à ta vie à toi et ne flanche pas.
Plein de bisous

Otir said...

Pauvre Lili ! Je suis atterrée pour toi. Je me doute si bien que tu auras du mal à surmonter cette épreuve.

Lajustice emprisonnera le mari assassin, mais ne rendra pas justice à ta belle-soeur, ni à tous ceux qui la pleureront.

Je n'aime pas trop ce qu'écrit Myriam, parce que cela résonne si fort pour moi. "Ces femmes anihilées", c'est aussi moi. Je l'ai raconté. Je ne suis pas partie pour autant. J'ai seulement eu de la chance.

C'est à cause aussi de ces visions assez erronées (le manque de force ultime qui surviendrait, ou le manque de courage - parce qu'il s'agit encore de bien autre chose) que beaucoup d'entre nous cachons ce que nous vivons (on nous croirait ? on nous croit rarement), n'en parlons pas, ou auto-minimisons les risques.

Et cela n'a rien à voir avec la société égalitaire. Les hommes parfois sont les victimes, en moins grand nombre, mais pas moins quand même. C'est le jour où la personne violente acceptera qu'il y a un problème que les choses changeront pour le couple. Il faut en parler.

Je t'admire d'avoir fait ce billet. Ne reste pas sans nous reparler, tu vas avoir besoin de soutien, et c'est peut-être illusoire d'oser dire qu'on aimerait être là pour toi, mais je le dis quand même.

Amicalement

un lien vers "La roue de la violence", un schéma utile pour comprendre :
http://otir.net/dotclear/index.php/2006/11/25/20

Bellzouzou said...

de tout coeur avec toi, je t'envoie toutes mes pensées.

Marianne said...

Je n'ai rien à dire d'intelligent. Je pense juste à elle et à toi...

DoubleMum said...

sans mot...

Je pense à toi, à tes enfants... (à leurs cousins/cousines peut-être.... stp, dis-moi qu'il n'y en a pas....)

a l'ouest said...

Les mots me manquent...

je pense à toi.

marie-aude said...

Juste t'embrasser et te dire que je pense à toi très fort. Il est trop tôt pour parler.

Soeur Anne said...

Juste je pense très fort à toi et à elle...
D'énormes bises

franz said...

je t'embrasse